Guide au Musée de la Tornédalie

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Le guide du Musée de la Tornédalie est un guide en langue française de l’exposition permanente du Musée de la Tornédalie. Les titres présentent en premier lieu l’équivalent en finnois, tel qu’il figure dans les textes muraux de la salle d’exposition. En cliquant sur un titre, vous pouvez ouvrir le texte.

La 1er salle d’ex­po­si­tion

Tornionlaakso – La Vallée de Torne ou la Tornédalie

La Tornédalie est une région géographique et culturelle située dans le nord de la Finlande et le nord de la Suède. Elle est composée de communes situées de part et d’autre de la frontière, le long des rivières Torne et Muonio, qui forment un ensemble culturel et dialectal cohérent. Historiquement, la Tornédalie faisait partie de la province de Länsipohja jusqu’en 1809, date à laquelle la région fut divisée entre la Russie et la Suède à la suite de la guerre de Finlande, la frontière étant tracée le long des rivières Torne et Muonio. Les Tornédaliens appellent la rivière frontalière Väylä.

Jää väistyy ja maa kohoaa – La glace se retire et la terre s’élève

Au cours des périodes climatiques froides, la Tornédalie a été à plusieurs reprises recouverte par l’inlandsis continental. Lors de la dernière glaciation, une calotte glaciaire épaisse de 2 à 3 kilomètres a provoqué un enfoncement de la croûte terrestre. La glace a commencé à se retirer avec le réchauffement du climat il y a environ 10 000 ans.

Au cours du millénaire qui a suivi la fonte de l’inlandsis, la terre s’est élevée d’environ cent mètres. Par la suite, ce soulèvement s’est ralenti de manière régulière. Aujourd’hui, il est le plus marqué dans le Golfe de Botnie, où l’élévation annuelle moyenne est d’environ 9 mm. Dans le sud de la Finlande, elle n’est plus que d’environ 3 mm par an, et à l’extrémité orientale du golfe de Finlande, la terre ne s’élève plus du tout.

La zone de rebond postglaciaire s’étend sur l’ensemble de la Fennoscandie. D’autres régions comparables existent notamment dans le nord du Canada. Toutefois, la zone fennoscandienne est la seule située au cœur d’un espace densément peuplé et, pour cette raison, elle est la mieux étudiée. La Haute Côte (Höga Kusten) en Suède et l’archipel de Kvarken en Finlande ont été inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en raison du phénomène de relèvement du sol.

Le rebond postglaciaire a fortement influencé le relief et les paysages de l’extrémité nord du Golfe de Botnie. En conséquence, le delta de la rivière Torné s’est déplacé, au cours des 9 000 dernières années, d’environ 180 kilomètres vers le sud, depuis la région située en aval de Pajala jusqu’à son emplacement actuel. L’ancienne ligne de rivage est encore clairement visible, par exemple à Vammavaara, dans la commune de Tervola, et à Aavasaksa, à Ylitornio.

Varhaisen asutuksen merkti – Les traces des premières populations

L’histoire de l’établissement de la population actuel de la Tornédalie commence lorsque les derniers vestiges de la dernière glaciation se retirent vers les montagnes de Norvège. Des gens suivant le front du glacier en cours de fonte, commencent alors à se déplacer sur les terres émergées de la mer. Le peuplement du début de l’âge de la pierre, ou période mésolithique (9000–5000 av. J.-C.), s’est développé à partir de communautés de chasseurs-cueilleurs arrivées du nord, depuis la côte norvégienne, et du sud-est, depuis les régions de la Russie actuelle. De nombreux objets lithiques précoces datant de cette période ont été découverts en Tornédalie.

Les découvertes archéologiques témoignent d’un établissement actif de la Tornédalie tout au long de l’âge de la pierre. Au Néolithique, ou âge de la pierre récent (5000–1500 av. J.-C.), l’établissement de la population s’intensifie et devient également plus permanent. Ainsi, dans le bassin hydrographique de la rivière Tengeliö, du matériel archéologique a été mis au jour couvrant toute la période de l’âge de la pierre jusqu’au début de l’âge des métaux. La sédentarisation est notamment indiquée par l’adoption de la céramique. Des exemples de céramique mésolithique ancienne ont été découverts, entre autres, sur les sites d’habitat de Lillberget à Överkalix et de Juovvagielas à Enontekiö.

Rauta syrjäyttää kiven – Le fer remplace la pierre

La transition de l’âge de la pierre à la période des premiers métaux, au plus tard vers 1300 av. J.-C., ne représente pas en Scandinavie du Nord un véritable changement culturel. Les nouveaux matériaux — les métaux, d’abord le cuivre puis le fer — ont simplement apporté de nouveaux types d’objets aux côtés de ceux déjà connus. La pierre est restée une matière première essentielle jusqu’à l’adoption plus large du fer.

Bien qu’il n’y ait pas eu de cuivre naturel dans la région, une production locale de bronze s’y est néanmoins développée. Le moule de coulée d’Alkkula, à Ylitornio, en constitue notamment un témoignage. Le bronze était rare, mais recyclable. La technique de réduction du fer a été introduite en Finlande après environ 500 av. J.-C., et des centres de production du fer se sont rapidement développés dans le nord du pays. Plusieurs fours primitifs de réduction du fer sont connus en Scandinavie du Nord. L’un d’eux se trouve à Jernbacken, entre Haparanda et Kalix.

Ce n’est qu’avec le fer que la pierre a été véritablement remplacée. Pour l’âge du fer moyen (400–800 apr. J.-C.), on connaît déjà des centres bien identifiables de commerce et de production, tels que Rakanmäki à Tornio, daté du début de cette période. Au cours du premier millénaire de notre ère, le peuplement de la Tornédalie s’est structuré et a posé les bases de l’habitat paysan caractéristique de la région.

Vauras talonpoikaisasutus – Un peuplement paysan prospère

La Tornédalie entre dans le Moyen Âge lorsque l’Église catholique suédoise s’implante dans la région au début du XIVᵉ siècle. Dès cette époque, on y trouve déjà un peuplement paysan solide et prospère, engagé dans le commerce international, notamment du poisson.

Le plus ancien centre de peuplement est connu dans la région de Kainuunkylä, à Ylitornio. Sur la rive ouest du fleuve, à Hietaniemi, se trouvaient un lieu de commerce et un champ funéraire. Les vestiges archéologiques de Kannala à Kainuunkylä et de Hietaniemi montrent que, malgré l’éloignement géographique, les habitants entretenaient de bons contacts avec les réseaux commerciaux européens.

Environ deux siècles plus tard, le centre administratif de la Laponie de Tornio s’était déplacé vers l’île d’Oravainen, à Vojakkala. Le matériel archéologique riche et abondant qui y a été mis au jour illustre bien la prospérité de la région du XVIᵉ au XVIIIᵉ siècle.

Les paysans du Nord vivaient d’une économie mixte. Leurs moyens de subsistance reposaient en grande partie sur la chasse, la pêche, le commerce et l’élevage. La culture des céréales jouait en revanche un rôle relativement mineur dans les régions nordiques.

Maailman pohjoisin kaupunki – La ville la plus septentrionale du monde

Plusieurs villes furent fondées sur la côte du Golfe de Botnie au début du XVIIᵉ siècle. Dans ce contexte, le lieu de marché de Tornio obtint les droits de cité en 1621. Les paysans qui dominaient le commerce avec la Laponie devinrent des bourgeois et bâtirent la ville sur la rive ouest de l’île de Suensaari.

À l’origine, l’aspect urbain de Tornio s’inspirait de la culture architecturale paysanne. Un changement majeur intervint dans la première moitié du XVIIIᵉ siècle, lorsque la ville adopta rapidement un style architectural bourgeois conforme aux goûts de l’époque. La ville de Tornio et sa culture évoluèrent ainsi de racines paysannes vers une société d’ordres, mêlant des traits de la vie bourgeoise européenne et de la culture paysanne du Nord.

Malgré son apparence modeste, Tornio était une ville prospère. Les tables des bourgeois étaient ornées d’objets d’usage européens à la mode, notamment de verrerie et de vaisselle en céramique. Les manières de table européennes parvinrent sans délai jusqu’à la ville la plus nordique du monde. Les navires apportaient du vin et des fruits. La fourchette, nouveauté du XVIIᵉ siècle, ainsi que la porcelaine, qui conquit les tables du monde entier à la fin du XVIIIᵉ siècle, y furent rapidement connues. Tornio fut la ville la plus nordique du monde jusqu’à la fondation de Hammerfest en 1789.

Suutari – tärkeä ammattimies – Le cordonnier – un artisan essentiel

Les artisans occupaient une place importante dans l’économie urbaine de Tornio à partir de la fin du XVIIIᵉ siècle. Les cordonniers comptaient parmi les plus anciens métiers artisanaux organisés et figuraient parmi les bourgeois conscients de leur statut. Le doyen de la corporation surveillait étroitement l’exercice de la profession ainsi que la qualité du travail des cordonniers locaux. Des informations sur la corporation des cordonniers de Tornio existent dès 1778. À cette époque, la ville comptait sept cordonniers professionnels.

Avec l’introduction de la liberté d’entreprendre à la fin du XIXᵉ siècle, l’exercice d’activités complémentaires se généralisa dans les campagnes. Dans le village de Kaakamo, une fabrication de chaussures presque professionnelle existait déjà depuis le milieu du XIXᵉ siècle. La production de chaussures relevait de l’artisanat domestique, auquel toute la famille pouvait participer. Les cordonniers de Kaakamo vendaient leurs produits sur les marchés, et les chaussures étaient transportées par charges de traîneaux, notamment vers Tornio et Rovaniemi.

Les « noires de Kaakamo » étaient des chaussures féminines montantes en cuir teint en noir. Elles constituaient le produit principal et la spécialité du village à partir de la fin du XIXᵉ siècle. Leur fabrication prit apparemment fin dans les années 1920, lorsque la mode féminine changea et que les chaussures industrielles s’imposèrent sur le marché. Les cordonniers du village fabriquaient également des bottes en cuir pour hommes destinées à la vente. Cette production se poursuivit jusqu’aux années 1950.

Kaakamon kellovalurit – Les fondeurs de cloches de kaakamo

Le village de Kaakamo est considéré comme le centre de la fonderie du laiton et du bronze dans le Nord. Selon la tradition, ce savoir-faire se serait transmis comme un héritage familial depuis la fin du XVIᵉ siècle jusqu’au milieu du XXᵉ siècle. À son apogée, dans les années 1890, on comptait jusqu’à quinze fondeurs — appelés pelttari / bältare — époque où l’importance économique de cet artisanat était à son maximum. Le travail de fonderie ne constituait le principal moyen de subsistance que pour quelques hommes ; pour d’autres, il procurait des revenus complémentaires durant la saison hivernale, en parallèle de l’agriculture et de la pêche. Parmi les fondeurs connus de Kaakamo figurent Erkki Fräki, Iikka et Juho Kangas, Juho Paldanius, Juho et Pekka Vähänikkilä, ainsi que Kustaa Vääräkangas.

Les pelttari de Kaakamo fondaient principalement des clochettes et de petits grelots en bronze destinés aux harnais de chevaux, ainsi que des cloches de timon et des sonnailles pour le bétail. Les cloches de timon constituaient des dispositifs de signalisation indispensables sur les chantiers forestiers. On fondait également en laiton des chandeliers, des mortiers, des poignées de porte et divers éléments de ferronnerie décorative. Les cloches de Kaakamo étaient vendues dans toute la Finlande et, par l’intermédiaire des marchés du Nord, se diffusaient aussi en Suède nordique et en Norvège. Elles étaient souvent utilisées dans les harnais de rennes. Les années 1890 représentèrent l’âge d’or des fondeurs, mais les prix des matières premières augmentèrent progressivement, allant même jusqu’à provoquer des pénuries. Au début du XXᵉ siècle, le nombre de fondeurs diminua, et à partir des années 1950, un seul fondeur est encore connu à Kaakamo.

Elävä ruokaperinne – Une tradition culinaire vivante

La tradition culinaire de la Tornédalie repose sur l’exploitation des ressources naturelles ainsi que sur l’élevage et l’agriculture. Toutefois, la région n’a jamais été autosuffisante en céréales. Le navet et la pomme de terre ont été introduits au XIXᵉ siècle. Des produits importés, tels que le café et le sel, étaient déjà disponibles assez tôt sur les marchés de Tornio, et ces aliments circulaient ensuite comme biens d’échange vers d’autres parties de la Tornédalie.

L’orge a constitué la céréale du pain quotidien dans toute la Tornédalie. On y cuisait chaque semaine de fins pain plates d’orge décorées, appelées rieska, qui étaient cuites au four ou en plein air à la lueur du feu. La Tornédalie appartenait à la zone du pain de seigle dur : le pain de seigle était préparé en grandes quantités quelques fois par an, puis séché dans la pièce principale de la maison sur des perches à pain. Ce pain de seigle dur s’est diffusé au-delà de la Väylä, dans la vallée fluviale du côté suédois. Le lait caillé constituait un aliment estival important. En Tornédalie, on prépare également du fromage frais cuit, pain de fromage, du côté suédois, il est connu sous le nom de fromage de café.

La tradition culinaire s’est transmise de génération en génération à travers les fêtes annuelles et familiales. Ainsi, les recettes du pain plat (ou pain polaire) et de la soupe de saumon se sont conservées pendant des centaines d’années presque inchangées jusqu’à nos jours.

Pirtissä ja kartanolla – Dans la petite maison et au manoir rural

Le bâti traditionnel s’est largement développé en fonction du matériau de construction — le bois de rondin — et des savoir-faire hérités. « C’est la forêt qui apprenait à l’homme à construire sa maison et lui donnait tout ce dont il avait besoin. La maison était issue de la forêt profonde ; il n’y avait pas un seul clou dans les très anciennes habitations. » (Samuli Paulaharju)

La fonctionnalité et la technique de construction ont dicté les formes traditionnelles tant que les colons bâtissaient eux-mêmes leurs maisons. Les traits stylistiques propres aux habitations de la Tornédalie apparaissent sous leur forme la plus aboutie dans le bâti de la fin du XIXᵉ siècle.

Le manoir, l’ancien ensemble de ferme de la Tornédalie, se présente sous la forme d’une cour quadrangulaire, généralement protégée par des bâtiments sur trois côtés. Le côté ouvert est souvent orienté vers la rivière. Ainsi, depuis la fenêtre on pouvait voir les passants sur le fleuve. Au XVIIIᵉ siècle, la maison d’habitation était souvent composée d’une seule pièce, mais elle évolua au cours du XIXᵉ siècle vers une longue maison à deux pièces, avec à une extrémité une chambre équipée d’un grand four et, à l’autre, une chambre salon. Entre les deux se trouvaient le vestibule et la chambre à dormir. Ce type de bâtiment est largement répandu en Finlande de l’ouest et s’est diffusé, avec la colonisation finlandaise, sur la rive ouest de la rivière Torne.

En face du bâtiment d’habitation se trouve l’étable, et le troisième côté de la cour est délimité par un grenier de stockage. De nombreux bâtiments annexes — tels que les greniers, le sauna, la grange de battage, la forge, l’étable d’été à toit pyramidal et l’abri à bateaux — étaient généralement situés à l’extérieur de la cour. Il arrivait parfois que le côté ouvert de la cour soit utilisé comme emplacement temporaire pour l’assemblage de nouvelles constructions en rondins.

Tuhattaitoinen nainenErika Aittamaa – La femme aux mille talents

Les femmes de la Tornédalie ont toujours été compétentes de leurs mains. Durant les longues saisons hivernales, il était d’habitude de fabriquer soi-même, autant que possible, l’ensemble des textiles domestiques ainsi que les vêtements des membres de la famille.

Les lovikkavanttuut constituent un excellent exemple de l’ingéniosité et du savoir-faire artisanal des femmes. Maria Erika Aittamaa (née Kruukka) est née en 1866 à Junosuando, dans la commune de Pajala, et était l’épouse d’un ouvrier forestier. Le couple eut plusieurs enfants et la vie était difficile à la fin du XIXᵉ siècle. Erika se mit donc à tricoter des mitaines destinées à la vente.

Un jour, un ouvrier forestier se rendit chez Erika et lui demanda des mitaines très épaisses afin de protéger ses mains du froid. Erika décida de les tricoter aussi épaisses que possible. Le résultat fut toutefois dur et rigide, et le client pensa d’abord qu’elle avait échoué. Après réflexion, Erika lava les mitaines à plusieurs reprises et les carda. Elles devinrent alors souples et agréables à porter.

Peu à peu, les mitaines d’Erika gagnèrent en popularité et se diffusèrent parmi les bûcherons, les ouvriers et les Samis. Elles étaient transportées en lots jusqu’à Haparanda pour y être vendues. Erika commença à orner la partie du poignet de motifs colorés et y ajouta un pompon permettant de les suspendre pour le séchage. Par la suite, Erika Aittamaa enseigna aux femmes du village de Lovikka l’art de tricoter ces mitaines. C’est ainsi qu’est né le terme lovikkavanttuut, mitaines de Lovikka.

Metsällä – À la chasse

Jusqu’à la fin du XVIIIᵉ siècle, l’exploitation des vastes étendues sauvages constituait, dans ces régions nordiques, une part importante des moyens de subsistance des paysans. La chasse et la pêche furent à l’origine les activités économiques fondamentales de la région. Les forêts abritaient une abondante faune de grand gibier et d’animaux à fourrure. On chassait l’ours, le renard, le loup, l’élan et le renne forestier. Le castor fut chassé jusqu’à l’extinction dans la région. Les lagopèdes et autres oiseaux de forêt étaient également capturés pour l’alimentation. Les fourrures, en particulier les peaux d’écureuil, furent des marchandises commerciales importantes du XVIᵉ au XXᵉ siècle et servaient aussi de moyen de paiement des impôts.

Pour la chasse au gibier, les armes essentielles étaient la lance et l’arc. L’arbalète était encore utilisée dans les régions reculées au début du XIXᵉ siècle pour la chasse à l’écureuil, bien que les armes à feu se soient déjà largement répandues ailleurs. Divers pièges étaient également employés. Les collets et pièges métalliques étaient fabriqués principalement pour la capture des prédateurs. En Tornédalie, une pratique bien connue consistait à construire des nichoirs de ponte, pour les oiseaux aquatiques.

La forte tradition de chasse se perpétue aujourd’hui sous forme de loisir, jouant un rôle important tant dans les activités de plein air que dans l’alimentation.

Hylkijäillä – Sur la banquise, à la chasse au phoque

La chasse au phoque, pratiquée depuis l’âge de la pierre, revêtait une grande importance économique pour les habitants de la côte du Golfe de Botnie. La période la plus rentable était celle de la chasse de printemps sur la banquise. Les phoques étaient capturés pour leur peau et pour leur graisse, transformée par cuisson en huile, destinées à l’usage domestique comme à la vente. Dans le Golfe de Botnie nordique, les méthodes traditionnelles de chasse se sont maintenues longtemps. Les particularités régionales de la chasse au phoque étaient la pêche au filet et la chasse à l’aide de ski flottant.

À la fonte des glaces printanières, l’extrémité nord du Golfe de Botnie servait de lieu de rassemblement pour les phoques. Les archipels extérieurs de Tornio et de Luleå constituaient la dernière étape, avant le retour au pays, pour les chasseurs venus de Kvarken, du Västerbotten et de l’Ostrobotnie. La chasse lointaine de la fin de l’hiver nécessitait de grandes embarcations pour le transport des chasseurs. Les équipages formaient des groupes de chasse organisés. Les échanges entre équipages finnophonses et suédophones étaient constants, et outils comme terminologie circulaient au-delà des frontières linguistiques. Aujourd’hui encore, des toponymes comportant des éléments tels que kraaseli, vikare ou hylki rappellent l’ancienne chasse au phoque pratiquée dans le Golfe de Botnie nordique.

Kalaa merestä ja joesta – Le poisson de la mer et de la rivière

Cinq grands fleuves riches en poissons se jettent dans l’extrémité nord du golfe de Botnie : la Pite, la Kalix, la Torne, la Kemi et la Simo. Dès la préhistoire, les eaux nordiques attiraient les gens par l’abondance de leurs zones de pêche. La pêche maritime comme la pêche fluviale ont constitué une part essentielle des moyens de subsistance des habitants de la Tornédalie.

Les populations des villages côtiers du Golfe de Botnie pratiquaient la pêche au hareng et au saumon. En mer, les pêches printanière et automnale du hareng, ainsi que celle de l’éperlan, étaient particulièrement importantes. Outre la pêche au saumon, l’histoire halieutique du Golfe de Botnie se caractérise par une intense pêche au hareng, pratiquée tout le long des côtes, tant du côté finlandais que suédois. Cette activité impliquait souvent de longs séjours sur les îles d’outre-mer, parfois pendant plusieurs mois. Des bases saisonnières s’y sont développées, où les pêcheurs s’installaient pour toute la durée de la saison de pêche.

Aujourd’hui, la rivière Torne constitue la principale zone de reproduction du saumon de la mer Baltique. Traditionnellement, la pêche au saumon au moyen de barrages était concentrée au début de l’été. Afin d’en accroître l’efficacité, de massifs barrages à enclos furent mis au point au XVIᵉ siècle. La pêche au saumon revêtait une telle importance économique que l’État en assurait la surveillance et la taxation. Le nombre de barrages était limité et leur construction réglementée par l’intermédiaire de coopératives. Cette forme de pêche exigeait un travail considérable, les barrages devant être reconstruits chaque printemps. Les captures de saumon commencèrent à diminuer à la fin du XIXᵉ siècle, et l’importance économique de la pêche s’effondra dans les années 1950. Le dernier barrage à enclos de la Torne fut construit à Kiviranta en 1973.

La pêche au corégone à l’épuisette possède de longues traditions. Des deux côtés de la Torne, on pratique encore aujourd’hui cette pêche au corégone à l’aide d’une grande épuisette à manche long. Du côté finlandais, à Kukkolankoski, une tradition de partage du poisson datant du XVIIᵉ siècle s’est conservée. Le déclin des populations de corégones constitue une préoccupation depuis le début du XXIᵉ siècle.

Une spécialité automnale est la pêche à la lamproie. Les nasses à lamproies de la Torne sont fabriquées en lattes de bois. De même, des nasses à lote sont encore immergées dans la rivière en hiver. À mesure que le peuplement s’est étendu vers le nord au long de la rivière, la pêche lacustre est elle aussi devenue importante. Des campements de pêche se sont établis sur les lacs de l’arrière-pays, dont le plus connu est celui du lac Jerisjärvi, à Muonio. Aujourd’hui, la pêche a perdu son rôle économique principal, mais les rivières de la région restent très importantes pour la pêche de loisir.

Karjatalous – L’élevage de bétail

L’élevage de bétail a joué un rôle majeur en Tornédalie, parfois même plus important que l’agriculture. En raison de la situation nordique, la saison de croissance était courte et les gelées représentaient une menace constante. En revanche, les conditions étaient exceptionnellement favorables à l’élevage, grâce à l’abondance de fourrage provenant des vastes prairies naturelles. Par ailleurs, le fumier du bétail permettait d’obtenir de bons rendements sur de petites parcelles cultivées.

L’élevage en Tornédalie s’est développé à partir des années 1620 et est demeuré une activité économique essentielle jusqu’à la fin du XXᵉ siècle. Le beurre baratté à partir du lait constituait un important produit commercial dès le XVIIᵉ siècle. Pour la consommation domestique, on préparait notamment du lait caillé et du lait aigre.

Valkoinen lehmä – La vache blanche

Du côté finlandais de la Tornédalie, la race bovine la plus répandue au début du XXᵉ siècle était la vache du nord de la Finlande, également appelée vache lapone, tandis que du côté suédois, il s’agissait de la vache de montagne. Des recherches plus récentes suggèrent que la vache du nord de la Finlande serait en réalité plus proche des races montagnardes du nord de la Suède, de la Norvège et de la Sibérie que des deux autres races locales finlandaises.

Ces vaches nordiques, aujourd’hui menacés, étaient de petite taille, sans cornes et majoritairement de couleur blanche. Ils étaient bien adaptés aux conditions de la Tornédalie et aux pâturages d’été, car ils se déplaçaient volontiers sur de longues distances. Animaux réputés intelligents, ils cherchaient leur nourriture de manière autonome et retrouvaient aisément le chemin de l’étable pour la traite du soir. On pensait en outre que leur couleur blanche les protégeait des moustiques et des moucherons piqueurs.

Kesäkentällä – Sur les pâturages d’été

En Tornédalie, à mesure que le nombre des bétails augmentait, on commença à paître en été en dehors de la ferme. Sur ces pâturages d’été, on construisait les abris nécessaires pour les animaux et, sur les sites plus éloignés, également des installations destinées au traitement du lait ainsi qu’à l’hébergement des personnes. En général, ce sont des femmes âgées et des jeunes filles qui s’y installaient pour la saison estivale, parfois aidées par de jeunes garçons bergers.

Les pâturages d’été situés loin des centres villageois furent établis dès le XVIIᵉ siècle dans la partie inférieure de la vallée fluviale, tandis qu’ils ne se généralisèrent dans les zones plus nordiques qu’au XIXᵉ siècle. Les régions de Ylitornio et de Pello, de part et d’autre du fleuve, constituèrent le cœur de ce système. Les systèmes de pâturages d’été présentaient toutefois des variations locales. Par exemple, dans la vallée de la Kemijoki, les étables d’été se trouvaient à proximité des villages et étaient fréquentées quotidiennement. À Pello, on se déplaçait encore pour toute la durée de l’été vers les pâturages jusque dans les années 1950, et à Övertorneå jusque dans la décennie suivante.

Pyramidikattoinen kesänavetta – L’étable d’été à toit pyramidal

L’étable d’été à toit pyramidal est une spécialité à la Tornédalie. L’origine de ce type de bâtiment fait l’objet de deux interprétations : d’une part, on considère qu’il s’inspire de l’abri de cuisson autrefois utilisé dans la région ; d’autre part, on a avancé l’hypothèse qu’il dériverait de la hytte des Samis forestiers de Suède. Il est probable que ce modèle ait été développé sur la rive ouest de la rivière Torne. Par l’intermédiaire de la Tornédalie, il s’est ensuite diffusé vers la Laponie de l’est et l’Ostrobotnie du Nord.

Les particularités de l’étable d’été à toit pyramidal résidaient dans la forme de sa toiture ainsi que dans la présence d’une cheminée, grâce auquel un courant d’air aspirait efficacement les moustiques qui dérangait les animaux. La pratique consistant à s’installer sur les pâturages d’été et dans ces étables a pris fin au cours des années 1960, ce qui explique sans doute que seules quelques étables d’été aient été conservées dans la partie inférieure de la Tornédalie.

Heinätyöt – Les travaux de fenaison

Dans la région de la Tornédalie, l’herbe naturelle poussait en abondance et était récoltée aussi bien le long des rives que sur les îles de prairie et, plus loin, sur les prairies de tourbière. La culture du foin ne débuta qu’au XXᵉ siècle. Les travaux de fenaison commençaient à la fin du mois de juillet. Sur les prairies naturelles irrégulières, le foin était fauché à l’aide d’une faucille, à manche court, maniée de part et d’autre de façon que la lame se retourne parfois dans l’air. La fauche débutait tôt le matin, car la rosée matinale facilitait le travail. En Tornédalie, le foin était le plus souvent mis à sécher sur des chevalets. Une fois sec, il était rassemblé soit dans des granges, soit en meules.

Markkinoilla – Aux marchés

Dans la Laponie peu peuplée, les marchés jouaient un rôle particulièrement important dans le commerce du Moyen Âge jusqu’au XIXᵉ siècle. On s’y rendait parfois depuis des régions très éloignées. Les échanges reposaient en grande partie sur le troc.

Au Moyen Âge, le commerce du Nord était dominé par les marchands de Birkarls, jusqu’à ce que la Couronne suédoise commence, au XVIIᵉ siècle, à réglementer plus strictement l’activité des marchés. La fondation de la ville de Tornio en 1621, sur un ancien site marchand médiéval, s’inscrit dans ce processus. Le commerce avec la Laponie et la navigation passèrent alors aux mains des bourgeois de Tornio.

À la suite du traité de paix de 1809, la majeure partie de la zone commerciale de Tornio se retrouva du côté suédois de la frontière. L’accès des marchands de Tornio aux marchés traditionnels de Pajala et de Köngäs prit fin en 1815. Dans l’économie de Tornio, le commerce avec la Laponie entra ainsi inévitablement en déclin.

Au début du XIXᵉ siècle encore, les principaux articles échangés sur les marchés étaient la farine, les grains, le poisson, la viande, le sel et divers produits de l’artisanat domestique. Les produits de consommation tels que l’alcool et le tabac y occupaient également une place importante. Le commerce des chevaux était souvent associé aux jours de marché. Les marchés aux chevaux se concentraient particulièrement du côté de Haparanda, où se tenaient les activités marchandes et foraines durant les marchés de Tornio. C’est également du côté de Haparanda que l’alcool était plus facilement disponible, surtout après 1866, année où la distillation domestique fut interdite en Finlande.

Avec l’industrialisation, les commerces permanents se multiplièrent. Les marchés commencèrent à perdre leur importance économique antérieure et conservèrent essentiellement le caractère de fêtes populaires traditionnelles. Aujourd’hui encore, la tradition des marchés perdure notamment à Pajala, Matarengi, Karesuvanto, Tornio et Ylitornio.

Raha – vaihdon väline – La monnaie – moyen d’échange

La monnaie est à la fois un moyen d’échange et une mesure de la valeur. À l’époque des cultures métallurgiques préhistoriques, les métaux — et en particulier les métaux précieux — devinrent des instruments d’échange importants. Comme les métaux précieux étaient échangés selon leur poids, on commença à marquer les pièces de métal utilisées comme moyens de paiement d’un sceau garantissant leur poids. La monnaie serait apparue en Asie Mineure environ 300 à 400 ans avant notre ère.

Dans le royaume de Suède, les échanges commerciaux entre les populations rurales reposaient en grande partie sur le troc jusqu’au XIXᵉ siècle. Déjà dans l’Empire romain, un pilier essentiel d’une administration efficace était la fiscalité, fondée sur une économie monétaire. En Suède-Finlande, le système fiscal se développa au XVIᵉ siècle sous le règne de Gustave Vasa. Parallèlement à l’économie monétaire, les produits de l’économie d’échange subsistèrent toutefois jusqu’au XXᵉ siècle, par exemple dans le paiement de la dîme au clergé.

Le système suédois reposait sur la mark, ancienne unité de poids nord-germanique. Une partie du territoire de l’actuelle Finlande fut rattachée à la Suède à partir du XIIᵉ siècle, et la monnaie suédoise y entra en usage.

En Suède, on commença en 1644 à mettre en circulation de grandes monnaies de cuivre rectangulaires, appelées plootu. En 1674, la fonderie de Köngäs, située à Pajala, obtint le droit de frapper des plootu d’une et de deux thalers. La frappe de la monnaie s’y poursuivit jusqu’en 1701.

En 1777, le thaler d’argent devint la base du système monétaire. En 1873, la monnaie utilisée en Suède prit le nom de couronne.

La Finlande fut rattachée à la Russie en 1809, et le rouble devint alors l’unité monétaire. En 1860, la Finlande obtint sa propre monnaie, le mark, équivalant à un quart de rouble. Le mark resta également la monnaie de la Finlande indépendante.

L’euro fut introduit en Finlande au début de l’année 2002. La Suède rejeta l’adhésion à la monnaie commune européenne, l’euro, lors du référendum organisé en 2003.

Mitat ja painot – Mesures et poids

Les premiers systèmes de mesure reposaient sur des unités dérivées des parties du corps humain, telles que le pied, la coudée ou le pouce. Ces systèmes se développèrent à l’époque de l’Empire romain et se diffusèrent largement. À la fin du Moyen Âge, l’intensification des échanges commerciaux rendit nécessaire l’unification des mesures, qui restaient néanmoins fondées sur le système romain.

La réforme la plus importante fut l’introduction du système métrique, mise en œuvre en France en 1791. Celui-ci se diffusa plus largement en Europe au cours du XIXᵉ siècle.

En 1960, la Conférence générale des poids et mesures adopta le Système international d’unités (SI), qui a progressivement remplacé les systèmes antérieurs.

Tutkimusmatkailijat – Les explorateurs

Tornio fut longtemps la ville la plus septentrionale du monde et l’endroit le plus méridional où l’on pouvait observer le soleil de minuit. De là s’ouvraient d’excellentes voies navigables vers le sud par la mer et vers le nord en remontant les fleuves. Cela attira des explorateurs et des érudits dans la ville.

La plus ancienne description de la région de Tornio figure dans l’ouvrage Historia de gentibus septentrionalibus (Histoire des peuples du Nord), publié en latin en 1555 par le prêtre suédois Olaus Magnus. Celui-ci avait effectué en 1519 un voyage de Tornio à Pello et recueilli des informations à des fins ecclésiastiques.

En 1673 parut l’ouvrage Lapponia de Johannes Schefferus, professeur à Uppsala. Bien que l’auteur ne se soit vraisemblablement jamais rendu en Laponie, le livre connut un grand succès. Une exploration plus systématique de la nature s’inscrit dans la pensée scientifique du XVIIIᵉ siècle. La Tornédalie fut rendue célèbre par l’expédition française de mesure d’arc dirigée par Pierre Louis Moreau de Maupertuis, qui, par ses travaux menés en 1736–1737, démontra que la Terre est un ellipsoïde aplati aux pôles.

En 1799, la Tornédalie fut visitée par l’écrivain italien Giuseppe Acerbi et le colonel suédois Anders Skjöldebrand, qui publièrent chacun des récits de voyage illustrés. Le minéralogiste anglais Edward Clarke décrivit lui aussi son voyage en Laponie de 1799 dans une vaste série de récits.

La Tornédalie constitue également une étape importante de la chaîne de triangulation de Friedrich Georg Wilhelm von Struve. Ces mesures, réalisées entre 1815 et 1855, permirent d’affiner la détermination de l’aplatissement de la Terre. La chaîne, qui s’étend de la mer Noire à l’océan Arctique, a été inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 2005. En Tornédalie, on compte sept points de cette chaîne classés au patrimoine mondial : quatre du côté suédois et trois du côté finlandais.

Tulenarkaa taidetta – Un art délicat

En février 1899, l’empereur Nicolas II approuva le programme en dix points élaboré par le gouverneur général Bobrikov visant à intégrer plus étroitement la Finlande autonome à l’Empire russe. Ce document, connu sous le nom de Manifeste de février, provoqua immédiatement une immense controverse en Finlande. Il fut perçu comme un coup d’État, car il annulait les pouvoirs des propres institutions législatives finlandaises. Le manifeste porta à son comble les sentiments patriotiques des Finlandais. Inspirés par le climat d’opinion de l’époque, l’artiste Eetu Isto, originaire d’Alatornio, peignit le célèbre tableau L’Attaque, symbole de la volonté d’indépendance, tandis que Jean Sibelius composait la première version de Finlandia.

Le message allégorique du tableau toucha immédiatement le public finlandais. Une Finlande personnifiée, sous la forme d’une jeune femme désespérée, défend le livre de lois (Lex), convoité par l’aigle bicéphale des Romanov. La silhouette de la jeune femme rappelle les contours des frontières de la Finlande de l’époque, et à l’arrière-plan, vers l’est, s’étend une mer immense et déchaînée. À l’horizon occidental apparaît une faible lueur de lumière. L’œuvre fut exposée pour la première fois à l’automne 1899 dans une résidence privée à Helsinki. Cependant, les gendarmes avaient été informés de l’événement, et Isto dut s’enfuir par une fenêtre, le tableau sous le bras, pour se réfugier à Berlin.

Eetu Isto revint à Alatornio à l’été 1901. Le tableau demeurait toutefois une œuvre dangereuse, et, par crainte des gendarmes, il fut transporté de nuit durant l’hiver 1902 à Haparanda, où il fut également présenté au public. Par la suite, l’œuvre passa entre les mains du mécène d’Isto, l’homme d’affaires Otto Nordberg de Tornio. Celui-ci la vendit plus tard au conseiller municipal Niilo Helander à Heinola, et les héritiers de ce dernier en firent don au Musée national de Finlande à la fin des années 1920. L’Attaque devint surtout connu des Finlandais par le biais de copies. L’œuvre originale est aujourd’hui exposée au Musée national de la Finlande.

Venäläinen aika – La période russe

Lorsque l’armée russe entra à Tornio en mars 1809, pendant la guerre de Finlande, la ville devint une base importante pour les forces russes. Après la fin de l’occupation, en 1811, un détachement cosaque d’une trentaine d’hommes resta dans la ville pour des missions de garde. L’importance de la garnison diminua à la fin du XIXᵉ siècle, mais durant la Première Guerre mondiale, des soldats russes furent de nouveau stationnés dans la ville.

Les troupes russes vivaient en grande partie à l’écart de la population locale. Les soldats étaient fréquemment relevés et n’apprenaient pas la langue locale. Les personnes parlant le russe étaient peu nombreuses à Tornio. Quelques marchands russes s’y installèrent néanmoins de façon permanente. Les relations commerciales avec la Russie se renforcèrent à partir des années 1830. Tornio comptait également quelques civils russes, pour lesquels une église orthodoxe fut construite dans les années 1820. Il existait aussi des contacts plus étroits, bien que les mariages entre habitants de Tornio et Russes aient été extrêmement rares.

Les relations avec les Russes furent pour l’essentiel correctes, mais durant les années de russification au début du XXᵉ siècle, les habitants de Tornio eurent eux aussi des affrontements avec les gendarmes et les fonctionnaires favorables à la Russie. En février 1918, les troupes russes présentes dans la ville furent impliquées dans des combats contre les forces finlandaises. La majorité des Russes furent faits prisonniers.

Väylästä rajajoki – Väylä devient un fleuve frontière

La Guerre de Finlande fut un conflit opposant la Russie et la Suède de 1808 à 1809. Par le traité de Tilsit conclu en 1807, la Russie et la France s’étaient accordées pour que la Russie contraigne la Suède, en attaquant la Finlande, à se joindre au blocus continental dirigé contre la Grande-Bretagne.

Les troupes russes traverseront la ligne frontalière de la Kymijoki le 21 février 1808. En novembre 1808, la Suède dut accepter l’armistice d’Olkijoki, qui prévoyait le retrait des forces suédoises à l’ouest de la frontière provinciale séparant l’Ostrobotnie de la Botnie occidentale au plus tard le 13 décembre 1808. L’armée suédoise du Nord se replia alors dans ses quartiers d’hiver à Tornio et dans les environs. Plus de 2 000 hommes y périrent, principalement à la suite d’une épidémie comparable à la dysenterie. La maladie se propagea également parmi la population locale et fit près de 1 000 victimes.

En mars 1809, les forces russes poursuivirent leur offensive sur trois fronts. L’attaque la plus méridionale passa par les îles Åland en direction de la côte de Norrtälje. Les Russes franchirent également le golfe de Kvarken et s’emparèrent d’Umeå. Dans la région de Tornio, les troupes russes franchirent la ligne d’armistice en mars 1809. Les forces suédoises se retirèrent vers l’ouest, et le gros de l’armée du Nord capitula à Kalix le 25 mars 1809.

À l’issue de la guerre, la Russie occupa durablement la Finlande et en fit un grand-duché autonome. La frontière entre la Russie (Finlande) et la Suède fut fixée le long de la ligne formée par les rivières Torne et Muonio. Cette nouvelle frontière marqua un tournant majeur dans le développement de la Tornédalie, car elle scinda un espace linguistique et culturel jusque-là unifié : la partie occidentale demeura rattachée à la Suède, tandis que la partie orientale passa sous l’autorité de la Russie, puis de la Finlande.

Ensimmäinen maailmansota – La première guerre mondiale

Le déclenchement de la Première Guerre mondiale à l’automne 1914 entraîna la fermeture des routes normales du commerce extérieur de la Russie. Pour cette raison, Tornio et Haparanda devinrent des nœuds de communication particulièrement importants. La Suède neutre n’autorisait que le transport de marchandises autres que du matériel militaire.

Une liaison ferroviaire avait été établie jusqu’à Tornio en 1903. En raison de la guerre, la ligne fut prolongée en urgence jusqu’à Karunki et achevée en janvier 1915. De là, une liaison fluviale permettait de rejoindre le réseau ferroviaire suédois. La ligne ferroviaire reliant Karungi, côté suédois, à Haparanda fut achevée plus tard dans la même année. Le trafic s’est concentré sur l’embouchure du fleuve.

La guerre compliqua également le trafic maritime. Les transports postaux et de marchandises par chemin de fer via Tornio et Haparanda augmentèrent fortement, provoquant des engorgements. En 1915, la Russie et la Suède décidèrent de faire construire un pont ferroviaire traversant la rivière Torne. La réalisation du projet se prolongea jusqu’en 1919. Comme solution provisoire, il fut décidé de construire une ligne aérienne de transport du courrier au-dessus de la rivière Torne, mise en service en 1917.

Pendant la guerre, les réfugiés contribuèrent eux aussi à la saturation des points de passage frontaliers. Au cours des deux premières semaines du conflit, environ 30 000 réfugiés traverserent la frontière. En outre, plus de 70 000 prisonniers de guerre blessés furent échangés entre 1915 et 1918 via Tornio et Haparanda. Dans le cimetière de Haparanda, un monument commémoratif fut inauguré en 1919 en mémoire de 221 soldats des puissances centrales décédés lors de ces transports.

Tornion maihinnousu – Le débarquement de Tornio

Les conditions de l’armistice conclu entre la Finlande et l’Union soviétique le 4 septembre 1944 prévoyaient l’expulsion des troupes allemandes du territoire finlandais avant le 15 septembre 1944. En Finlande du Nord, l’Allemagne disposait alors d’une armée de plus de 200 000 hommes.

La guerre de Laponie éclata entre l’Allemagne et la Finlande. Dans sa phase initiale, le retrait des forces allemandes se déroula en coopération avec les Finlandais, mais l’Union soviétique exerça une pression croissante sur la Finlande afin qu’elle adopte des mesures plus énergiques contre les Allemands. Depuis Oulu, une opération de débarquement audacieuse fut menée le 1ᵉʳ octobre 1944 à Röyttä, à Tornio, dans le dos des troupes allemandes.

Les combats de Tornio eurent lieu du 1ᵉʳ au 8 octobre 1944 dans la ville et ses environs. Jusqu’à plus de 12 000 soldats furent engagés de part et d’autre. Les pertes finlandaises s’élevèrent à 448 morts et disparus, tandis que les pertes allemandes furent encore plus importantes. Pendant les combats, la Suède offrit refuge et aide humanitaire à la population civile. Des soldats blessés furent évacués de Tornio vers Haparanda à bord d’ambulances suédoises pour y recevoir des soins.

Le débarquement de Tornio revêtit une importance politique majeure pour la Finlande. L’opération permit d’entraver les mouvements des forces allemandes et de sécuriser les voies d’approvisionnement maritimes finlandaises. La guerre de Laponie prit fin à Kilpisjärvi le 27 avril 1945, lorsque les troupes allemandes se retirèrent en Norvège.

Ruotsin valmiusaika – La période de mobilisation en Suède

En Suède, la période de la Seconde Guerre mondiale est appelée la période de mobilisation. Le pays procéda à la mobilisation générale et les troupes furent placées en état d’alerte afin de défendre la neutralité et l’intégrité territoriale de la Suède. En 1940, plus de 300 000 Suédois furent appelés sous les drapeaux. Ce nombre élevé s’expliquait par l’occupation du Danemark et de la Norvège par l’Allemagne, ainsi que par les combats qui se déroulaient à proximité des frontières suédoises.

Au déclenchement de la guerre en 1939, l’état de préparation de la défense suédoise était limité. La Suède entreprit donc d’importants efforts de réarmement. Le pays lança la production de chars et commanda 200 avions aux États-Unis, dont seule une petite partie fut finalement livrée. Les appareils furent acheminés par voie terrestre depuis Petsamo jusqu’à Haparanda. Des canonnières furent également achetées à l’Italie.

La Suède construisit des nids de mitrailleuses le long de la côte de Skåne. Pendant la guerre d’Hiver finlandaise, la construction de la « ligne de Kalix » débuta dans le Norrbotten. Des positions défensives furent également édifiées le long de la frontière avec la Norvège occupée par l’Allemagne. En Tornédalie, des dizaines de milliers de soldats venus de toute la Suède étaient stationnés pour défendre la frontière orientale du pays. Cette mission eut aussi son lot de victimes. L’un des accidents les plus graves de la période de mobilisation se produisit le 24 octobre 1940 à Armasjärvi, dans la commune d’Övertorneå, lorsqu’un bac transportant des soldats chavira, entraînant la mort par noyade de 46 personnes. À Palovaara, à l’ouest de Haparanda, le 3 juillet 1944, 14 conscrits périrent lorsqu’un champ de mines explosa au cours d’une opération de déminage.             

Ruotsiin evakkoon – Évacuation vers la Suède

Pedagogiosta kielikouluun – Du pédagogium à l’école de langues

Tornio est la plus ancienne ville scolaire de la Tornédalie. Le premier établissement d’enseignement de la région, le pédagogium de Tornio, fut fondé en 1630. La scolarisation n’était alors accessible qu’aux garçons issus des familles les plus aisées. Le pédagogium demeura l’unique école de la Tornédalie jusqu’en 1833, année où une école apologiste commença à fonctionner à Haparanda.

Jusqu’à la création des écoles primaires publiques, l’enseignement du peuple relevait de l’Église. Les chantres enseignaient la lecture aux jeunes, et à partir du XIXᵉ siècle, les paroisses mirent en place des écoles itinérantes. Les écoles primaires commencèrent à fonctionner du côté suédois de la Tornédalie dans les années 1850, et du côté finlandais dans les années 1870. La première école primaire commune à la ville de Haparanda et à la paroisse de Nedertorneå ouvrit ses portes en 1854. L’école primaire de Tornio fut fondée en 1874, et l’année suivante, la première école de village d’Alatornio entra en activité à Yliraumo.

Avec l’instauration de l’instruction obligatoire, la scolarisation devint un droit pour chaque enfant : en Suède dès 1882 et en Finlande à partir de 1921. De nombreuses nouvelles écoles primaires furent créées, notamment dans les zones rurales, et la pénurie d’enseignants était importante. Principalement de jeunes femmes furent formées comme institutrices dans les écoles normales de Haparanda (1875–1973) et de Tornio (1921–1971).

Un enseignement secondaire menant à l’examen du baccalauréat était dispensé dans des établissements situés à Haparanda, Tornio et Kemi, où affluaient, jusqu’aux années 1970, des élèves venus de toute la Tornédalie. Le système de l’école de base fut introduit en Suède dans les années 1960 et en Finlande dans les années 1970.

L’école de langues commune de Haparanda et Tornio, franchissant les frontières étatiques, a commencé ses activités en 1989. Située à Haparanda, elle accueille pour moitié des élèves de Finlande et pour moitié des élèves de Suède.

Raja jakaa seurakunnat – La frontière divise les paroisses

Lors de l’organisation de l’administration ecclésiastique du fond du golfe de Botnie, les vallées fluviales jouèrent un rôle essentiel, car elles constituaient le plus souvent les limites géographiques des paroisses. Les paroisses du fond du golfe de Botnie virent le jour au XIVᵉ siècle : la rivière Kemijoki fut rattachée au diocèse de Turku, tandis que la rivière Torne releva de l’archevêché d’Uppsala. En 1346, la frontière entre les diocèses fut fixée le long de la rivière Kaakamojoki. Celle-ci devint également la limite entre les provinces de Botnie occidentale et d’Ostrobotnie.

La paroisse de Tornio naquit au XIVᵉ siècle en tant que chapelle dépendant de Luleå et devint une paroisse indépendante au XVᵉ siècle. En 1530, Ylitornio fut détachée de Tornio pour devenir une paroisse autonome, tandis que la partie du sud prit le nom d’Alatornio. Ces paroisses se sont par la suite subdivisées en plusieurs entités. À son extension maximale, la paroisse-mère de Tornio s’étendait jusqu’à Kautokeino.

La guerre de 1808–1809 déplaça la frontière entre la Suède et la Russie sur les rivières Torne et Muonio. Cette nouvelle frontière trancha d’anciennes communes, villages et paroisses situés de part et d’autre du fleuve. Les anciennes paroisses furent toutefois autorisées à poursuivre leurs activités au-delà de la frontière jusqu’en 1819.

Lors du partage territorial, les églises de la vallée fluviale se retrouvèrent pour la plupart du côté suédois. Du côté finlandais demeurèrent l’église d’Alatornio, l’église de la ville de Tornio ainsi que l’église d’Enontekiö. Avec le soutien de l’empereur de Russie, cinq nouvelles églises furent construites du côté finlandais. Du côté suédois, l’église de Haparanda fut achevée en 1825.

Les églises de la Tornédalie finlandaise furent en grande partie détruites lors de la guerre de Laponie en 1944. Après la guerre, de nouvelles églises furent édifiées à Turtola, Pello et Hetta.

Lestadiolaisuus – Le laestadianisme

Le laestadianisme est un mouvement d’interne à l’Église luthérienne. Il doit son nom à Lars Levi Laestadius (1800–1861), qui exerça comme pasteur notamment à Karesuvanto et à Pajala. Les sermons de repentance de Laestadius donnèrent naissance à un mouvement qui se diffusa rapidement dans l’ensemble de la région du Nord calottique. Le laestadianisme a également joué un rôle important parmi les populations sames. Après la mort de Laestadius, la direction du mouvement fut assumée par Johan Raattamaa. À la mort de ce dernier, en 1899, le mouvement se fragmenta.

Le laestadianisme s’est répandu principalement dans les pays nordiques. Il possède également une implantation notable en Amérique du Nord. Le nombre total de laestadiens est estimé à près de 200 000 personnes. Le groupe le plus important est celui des laestadiens conservateurs, qui comptent environ 100 000 membres en Finlande. Les autres branches majeures en Finlande sont le laestadianisme des Premiers-nés et le mouvement dit de la Parole de paix.

En Suède, on distingue le laestadianisme occidental et le laestadianisme oriental. Ce dernier est particulièrement présent en Tornédalie et entretient des liens avec le mouvement finlandais de la Parole de paix. Le centre du laestadianisme occidental suédois s’est établi à Gällivare, où se tiennent de grandes réunions de réveil à l’époque de Noël. En Finlande, l’événement annuel le plus important du mouvement est la rencontre estivale des laestadiens conservateurs, qui rassemble des dizaines de milliers de participants venus de toute la Finlande et aussi de l’étranger.

Les différentes orientations du mouvement partagent l’accent mis sur la repentance et la grâce. La Bible est considérée comme l’unique référence doctrinale. Les laestadiens appartiennent majoritairement à l’Église évangélique luthérienne. Ils disposent également de leurs propres lieux de rassemblement. Le mouvement se caractérise par une forte dimension communautaire.

Meänkieli – La langue Meänkieli

En 1809, la frontière entre la Finlande et la Suède fut tracée le long de la rivière Torne. La population de la rive ouest, qui parlait le finnois de la Tornédalie, demeura du côté suédois. Ainsi, de part et d’autre du fleuve, on parlait la même langue.

Le finnois de la Tornédalie suédoise se distingue du finnois standard actuel par la conservation d’expressions anciennes qui ont disparu du finnois moderne. Le développement d’expressions propres sous l’influence du suédois a conféré à cette langue un caractère particulier.

Dans les écoles primaires suédoises, une politique de suédification fut mise en place à partir des années 1890, et dès lors le finnois ne fut plus enseigné à l’école. La langue finnoise se maintint toutefois à l’oral dans la Tornédalie suédoise, qui demeure encore aujourd’hui partiellement bilingue.

Dans les années 1980, le finnois parlé en Tornédalie suédoise fut défini comme une langue distincte, le meänkieli. Les locuteurs commencèrent à l’écrire, amorçant ainsi la création d’une langue écrite. L’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’Union européenne améliora la situation des minorités. En 2000, une loi linguistique adoptée en Suède reconnut le statut de langue minoritaire du meänkieli. Depuis lors, des mesures de soutien à la préservation et à la revitalisation de la langue ont été mises en œuvre. Néanmoins, le nombre de locuteurs du meänkieli a diminué, et l’on craint sa disparition.

En Finlande, les linguistes considèrent le finnois de la Tornédalie comme l’un des dialectes de la région du Perä-Pohjola.

Identiteetti – Identité

L’identité culturelle renvoie au sentiment d’appartenance d’un individu à un ensemble culturel symbolique. Ce sentiment d’identité est personnel et ses contours sont rarement clairement définis. Le lieu, le groupe ethnique et la langue jouent également un rôle particulier dans la construction de l’identité. L’identité régionale correspond avant tout à la manière dont nous comprenons notre propre région et sa spécificité par rapport aux autres. En Tornédalie, la coopération transfrontalière actuellement pratiquée peut ainsi être considérée comme un travail identitaire, au cours duquel les habitants, consciemment ou non, construisent et renouvellent leur identité régionale.

L’unité culturelle et linguistique de la Tornédalie, tout comme son caractère singulier, se sont maintenues malgré le tracé de la frontière en 1809 et des décennies d’intégration nationale. Bien que l’identité actuelle soit divers, elle demeure la ressource la plus importante de la coopération.

Les habitants de la Tornédalie suédoise ont longtemps dû trouver un équilibre entre une identité suédophone et une identité finnophone. Par la suite, la montée en visibilité du meänkieli, puis sa reconnaissance comme langue minoritaire, ont eu une influence positive sur l’identité linguistique et l’estime de soi dans la région. Certains habitants de la Tornédalie du côté finlandais ont eux aussi souhaité se définir comme locuteurs du meänkieli.

Le meänkieli joue un rôle central dans la coopération transfrontalière ainsi que dans la préservation et la revitalisation de la langue et de la culture régionales. Le bilinguisme reste une réalité quotidienne dans la Tornédalie suédoise.

Par ailleurs, de moins en moins de jeunes de la Tornédalie suédoise maîtrisent le meänkieli, tandis que le suédois a perdu de son importance comme seconde langue en Finlande. L’anglais est devenu de plus en plus la langue commune des jeunes. Il est difficile de prévoir comment cette évolution influencera à l’avenir l’identification des habitants de la Tornédalie.

Olympiahuumaa – Le buzz olympique

Tornio et Haparanda prirent part au relais de la flamme des Jeux olympiques d’Helsinki. Le 8 juillet 1952, lors de la cérémonie d’entrée de la flamme olympique sur le sol finlandais, organisée au stade de Pohja, la flamme de Laponie allumée au mont Pallastunturi fut réunie à la flamme d’Hellade venue de Grèce. La flamme d’Hellade arriva à Tornio via Haparanda.

Après les cérémonies de la flamme à Haparanda, le directeur exécutif de la Fédération suédoise des sports, Torsten Wiklund, transporta la torche jusqu’à la frontière entre la Suède et la Finlande. Il fut accompagné tout au long du trajet par une garde d’honneur composée d’athlètes suédois médaillés d’or, chargés d’escorter la torche en Suède. Sur le pont reliant la Suède et la Finlande, Wiklund remit la torche au premier porteur finlandais, Ville Pörhölä. La flamme de Laponie fut acheminée au stade de Pohja par Tauno Kontio.

Environ 1 500 personnes accueillirent la flamme olympique au stade de Haparanda, tandis qu’à Tornio près de 10 000 spectateurs suivirent les festivités. La cérémonie de la flamme est restée dans l’histoire de Tornio comme un événement majeur ayant mobilisé l’ensemble de la ville. Un monument commémoratif fut érigé au stade de Pohja en souvenir de cette occasion.

Inspirée par les Jeux olympiques d’Helsinki et par l’arrivée de la flamme olympique, la tradition des Jeux de la Torche fut lancée à Tornio en 1959 et se poursuivit pendant plusieurs décennies. Les compétitions étaient organisées par le club local de gymnastique et d’athlétisme Pyry. L’épreuve principale était une course sur piste de 25 000 mètres. Entre 1960 et 1970, le prix principal itinérant consistait en une réplique en argent de la torche olympique.

La 2ème salle d’ex­po­si­tion

Yhteinen kaupunki – Une ville commune

À partir du début du XVIᵉ siècle, Tornio fut un comptoir commercial officiel. La fondation d’une ville dans la région fut envisagée dès la fin du siècle, car Tornio constituait un centre important du commerce lapon et du commerce avec la Russie. La création de la ville suscita des oppositions : les grands propriétaires fonciers qui dominaient le commerce lapon ne souhaitaient pas s’installer en ville. Le choix de l’emplacement donna également lieu à des contestations. Les droits urbains furent accordés dès 1620 et le site de la ville fut fixé à Seittenkaari. Finalement, les acteurs locaux l’emportèrent, et le roi Gustave II Adolphe fonda la ville de Tornio en 1621 à son emplacement actuel.

À la même époque, Luleå, Piteå et Umeå obtinrent elles aussi des droits de ville. Ces fondations urbaines s’inscrivaient dans une politique commerciale européenne plus large, visant à faciliter le contrôle du commerce et à accroître les recettes fiscales. L’objectif était de renforcer l’État en augmentant les exportations et en limitant les importations au moyen de droits de douane, de monopoles et d’interdictions commerciales.

La ville constituait un centre économique, religieux et administratif, dont la vie était régie par des règlements, ordonnances et lois différents de ceux de la campagne environnante. Les villes disposaient de leurs propres tribunaux et organes d’autonomie. La fiscalité et les charges y étaient également organisées différemment, et jusqu’au milieu du XVIIIᵉ siècle la ville était séparée de la campagne par une enceinte douanière.

La ville fut construite selon un plan d’urbanisme comprenant un réseau de rues et des îlots, et son paysage était dominé par les bâtiments publics : l’hôtel de ville, l’église et l’école. La construction et l’habitat y étaient strictement réglementés. À l’origine, l’habitat se concentra dans l’angle sud-ouest de Suensaari, le long de Rantakatu et de Keskikatu. Les rues étaient traversées par une place longue et étroite, sur laquelle se trouvait l’hôtel de ville.

Laajeneva Tornio – Tornio en expansion

Le plus ancien plan d’urbanisme de Tornio date du début des années 1640. La forme de la ville suivait la tradition médiévale, selon laquelle les rues épousaient le tracé courbe du rivage. Les deux rues les plus anciennes, Rantakatu et Keskikatu, se dessinaient à proximité de la baie de Kaupunginlahti. La troisième rue de la ville, plus tard appelée Välikatu, se forma à la fin du XVIIᵉ siècle.

Pendant la Grande Guerre du Nord (1714–1716), la ville fut presque entièrement détruite, et en 1762 un grand incendie ravagea 38 parcelles. Après le milieu du XVIIIᵉ siècle, la ville s’étendit vers le sud et l’est. Le développement de Tornio, affaibli par la guerre de Finlande, ne reprit véritablement qu’à la fin du XIXᵉ siècle. Durant la guerre de Crimée (1853–1855), Tornio acquit pour la première fois une importance en tant que ville frontalière, ce qui entraîna une période de croissance économique. La ville s’étendit vers le nord-est de l’île, où fut planifié en 1873 un quartier urbain conforme aux idéaux du style Empire.

Entre 1944 et 1972, la population de la ville tripla. Des quartiers de maisons individuelles, typiques de la période de reconstruction, furent construits à Saarenpää, Ylipää et dans le secteur de Pudas. La phase de construction la plus importante fut toutefois celle de Juhannussaari. Dans les années 1970, ce secteur devint un quartier urbain accueillant près de 2 000 habitants.

Les perspectives favorables de l’industrie conduisirent à un projet de fusion entre la ville de Tornio et les communes voisines d’Alatornio et de Karunki, fusion qui fut réalisée en 1973.

Haaparanta – kylä, kauppala – Haparanda – village, bourg

Après la guerre de Finlande, on souhaita créer en Tornédalie suédoise une nouvelle ville destinée à remplacer Tornio. Le site proposé fut le champ d’Öystinkenttä à Nikkala, où se trouvait un bon emplacement portuaire. C’est là que fut fondée en 1812 la ville de Karl Johans stad, portant le nom du roi. Toutefois, la ville ne fut jamais véritablement peuplée. Le sol était difficile à défricher, il n’existait pas de liaison routière convenable et l’emplacement se situait loin de la nouvelle frontière. De plus, beaucoup possédaient déjà des terres et des activités économiques établies plus près du fleuve Tornio, dans les environs de l’actuelle Haparanda.

À titre de compromis, le village de Haparanda obtint le statut de bourg marchand en 1821. Le premier plan d’urbanisme fut dressé par H. W. Hackzell en 1828. Il suivait les idéaux classiques du plan en damier. Le site comptait déjà des casernes de surveillance frontalière, un bureau de douane, un quai douanier et un lieu de chargement du goudron, quelques habitations ainsi que l’église de Nedertorneå, achevée en 1825. Le bourg commença à se développer rapidement, tandis que la ville n’existait plus que nominalement. À la demande de la bourgeoisie, les droits urbains et les droits de port franc, c’est-à-dire le droit de commerce extérieur, furent transférés de Karl Johans stad au bourg le 10 décembre 1842.

Ville frontière et ville commerciale, Haparanda prospéra et se développa particulièrement durant la guerre de Crimée des années 1850 et pendant les guerres mondiales. En 1919, l’ingénieur municipal A. Lilienberg élabora un nouveau plan d’urbanisme adapté aux besoins d’une ville en expansion. Celui-ci s’appuyait sur le plan antérieur tout en suivant davantage les formes du relief, conformément à l’esprit de l’époque.

Les communes rurales de Nedertorneå et de Karl Gustav fusionnèrent avec Haparanda en 1967. Lors de la réforme municipale de 1971, la ville devint la commune de Haparanda.

Tornion kartta 1839 – Carte de Tornio, 1839

Plan d’urbanisme dressé par Claus Gyldén en 1839. Il montre clairement comment la ville s’est étendue vers l’est. Jusqu’à la première moitié du XIXᵉ siècle, les habitants de Tornio vivaient regroupés par professions, à peu près de la même manière que durant les deux cents premières années de l’histoire de la ville. Les commerçants habitaient la rue Rantakatu, les artisans la rue Keskikatu, et les autres résidaient dans la troisième rue ou dans la partie nord de la ville, c’est-à-dire le quatrième quartier. Cette organisation changea après le milieu du XIXᵉ siècle, lorsque une grande partie des commerçants s’installa dans les secteurs méridionaux de la ville, autour de l’actuelle rue Hallituskatu.

Tornion kartta 1782 – Carte de Tornio, 1782

Plan d’urbanisme et plan parcellaire de Tornio établis en 1782 par le géomètre A. F. Merckell. Les parcelles urbaines étaient étroites et longues, formant des cours fermées construites côte à côte. Cette structure en cours fermées subsista à Tornio jusqu’aux années 1950. À l’est de la zone urbaine proprement dite se regroupaient les saunas à malt et les granges de séchage. Celui qui arrivait en ville par la mer voyait, sur la rive droite de la baie de la Ville, des entrepôts côtiers à deux étages construits les uns contre les autres.

Haparanda, 1828

Premier plan d’urbanisme du bourg de Haparanda, établi en 1828 par H. W. Hackzell (Lantmäteriverket). À l’arrière-plan apparaît l’habitat antérieur de la région.

Le plan urbain de 1828 donnait des instructions très détaillées concernant la largeur des rues et les constructions sur les parcelles. Les maisons à deux étages n’étaient autorisées que le long des rues. Les fenêtres devaient être disposées à égale distance les unes des autres. Les cours étaient séparées de la rue par une clôture de deux mètres de haut, munie d’un portail pour les véhicules et d’un portillon piéton. Les maisons et les clôtures devaient être peintes et non goudronnées, et l’entretien de la propreté des rues était réglementé.

Yhteiskartta – Carte conjointe

Évolution temporelle des centres de Haparanda et de Tornio. La différence d’âge des deux villes apparaît clairement dans leurs plans d’urbanisme. Le vieux centre de Tornio suit les formes de l’île et relève ainsi de la tradition médiévale de l’urbanisme, tandis que le plan régulier en damier de Haparanda s’inspire des idéaux du XVIIᵉ siècle. Le changement le plus marquant au XXIᵉ siècle a été le développement d’un centre commun à Haparanda et Tornio le long de la frontière.

La superficie de Tornio est aujourd’hui de 1 348 kilomètres carrés et la ville compte environ 22 000 habitants. La commune de Haparanda compte environ 10 000 habitants et s’étend sur une superficie de 927 km².

Kaupunkilaiset – Les citadins

Les bourgeois des villes accédèrent à une position importante par rapport à la communauté paysanne environnante. Les bourgeois, c’est-à-dire les commerçants et les artisans les plus aisés, jouèrent un rôle déterminant dans le développement juridique, administratif et économique des villes. Au cours du XVIIIᵉ siècle, Tornio se suédisa linguistiquement, et les contacts étroits avec Stockholm éloignèrent également l’élite urbaine, sur le plan culturel, de la population rurale. À l’église urbaine de Tornio, les services religieux étaient organisés en suédois, tandis qu’à l’église d’Alatornio ils l’étaient en finnois.

Haparanda fut fondée au cœur d’une campagne majoritairement finnophone. Il n’existe pas de données statistiques entièrement fiables sur les tout premiers habitants de Haparanda, mais pour la période 1834–1894, on peut établir que la ville tirait la majeure partie de sa population des paroisses voisines. Les habitants venus du côté finlandais représentaient un peu moins d’un dixième de la population. Sur le plan linguistique et culturel, cela signifiait une répartition presque équilibrée entre le finnois et le suédois. L’administration municipale demeurait toutefois entre les mains de la bourgeoisie suédophone.

Dans le grand-duché de Finlande, la législation garantissait à la langue finnoise des droits égaux à partir de 1863. La bourgeoisie de Tornio commença à se finniciser rapidement à partir des années 1870. Dans les années 1880, le finnois s’imposa comme langue administrative aux côtés du suédois, avant de le supplanter entièrement dans les années 1920. Les services religieux en suédois furent également abandonnés.

Au début du XXᵉ siècle, l’administration municipale passa du droit de vote fondé sur la propriété au suffrage universel et égal. Les conseils municipaux remplacèrent les assemblées des tribunaux urbains. En Suède, les formes communales furent unifiées en 1971 et en Finlande en 1977.

Käsityöläiset kaupungeissa – Les artisans dans les villes

Dans le royaume de Suède, l’exercice des métiers artisanaux et la vente des produits étaient encore libres au Moyen Âge. Les règlements de corporations ne commencèrent à être appliqués selon le modèle européen qu’à partir des années 1620, lorsque l’artisanat fut concentré dans les villes. Selon le règlement corporatif de 1621, une corporation devait être créée dans toute ville où exerçaient plus de trois maîtres.

Les corporations se composaient de maîtres artisans exerçant de manière indépendante, ainsi que de leurs apprentis et compagnons. Elles défendaient les intérêts économiques de leurs membres en limitant la concurrence par une réglementation des prix et en restreignant la production.

À l’origine, les artisans de Tornio relevaient des corporations de Stockholm. Dans les années 1770, des corporations d’orfèvres et de cordonniers furent fondées dans la ville. À Haparanda, des maîtres artisans — tels qu’un cordonnier, un horloger, un boulanger et un chapelier — exerçaient déjà durant la période où la localité avait le statut de bourg (1828–1842). Toutefois, aucune corporation n’y fut établie.

Le système des corporations fut aboli en Suède en 1846 et en Finlande en 1868. Après l’instauration de la liberté du commerce et de l’industrie, les artisans purent exercer leur métier librement. Dans le même temps, l’industrialisation entraîna un déclin du nombre d’artisans.

Des associations professionnelles remplacèrent les corporations. Elles délivraient des certificats de compagnon et de maître, tout en contrôlant la qualité du travail des professionnels. Depuis 1996, ces certificats sont délivrés en Finlande par le Mestarikiltaneuvosto et en Suède par le SverigesHantverksråd.

Omaleimaista hopeaa – Un argent au caractère original

Au Moyen Âge, les orfèvres du royaume de Suède travaillaient aussi bien l’or que l’argent. La spécialisation dans un seul métal précieux débuta au XVIIe siècle. À Tornio, les orfèvres fabriquaient principalement des objets en argent.

À l’époque de la fondation de la corporation des orfèvres de Tornio, à la fin du XVIIIe siècle, le commerce des objets en argent connut une transformation dans l’ensemble du royaume de Suède. À la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe, l’« argent lapon » destiné aux Samis était fabriqué en Norvège puis, plus tard, à Stockholm. La production de cet argent lapon nécessitait une tradition artisanale spécifique, qui était en partie en voie de disparition avec l’évolution des modes. La fabrication fut alors transférée de Stockholm vers les villes du nord, où la demande subsistait encore. C’est là que fut produite la majeure partie de l’argent destiné à la Laponie.

Parmi les premiers orfèvres de Tornio figure Nils Michelsson, actif dans la ville au milieu du XVIIe siècle. À la fin du XVIIIe siècle, Tornio comptait par périodes jusqu’à cinq maîtres orfèvres, un nombre élevé au regard de la taille de la ville. Leur effectif diminua à l’entrée du XIXe siècle. À la fin du XVIIIe siècle, Sigfrid Carlenius le Jeune et Lars Svanberg devinrent marchands après avoir obtenu les droits commerciaux. Tous deux accédèrent également à la fonction de conseillers municipaux.

Au XIXe siècle, les ustensiles de service estampés et l’argenterie de table étaient particulièrement recherchés. À Tornio et à Haparanda, on continua également à fabriquer des kousa en argent. Au XXe siècle, le « modèle de Tornédalie » orné de gravures gagna en popularité et reste encore aujourd’hui en production.

Elintärkeät satamat – Des ports vitaux

À Tornio comme à Haparanda, le soulèvement tectonique a posé problème en entraînant l’envasement et l’assèchement des ports. À l’époque de la fondation de Tornio, au début du XVIIe siècle, les navires pouvaient encore naviguer jusqu’au centre-ville. Peu à peu, les navires de plus grande taille durent être déchargés et chargés soit sur la rive de Vuono, à l’ouest de la ville, soit à Seittenkaari.

Dès le XVIIe siècle, on proposa de déplacer toute la ville vers un autre site. À mesure que les conditions portuaires se dégradaient, le débat s’intensifia au milieu du XVIIIe siècle. Nikkala ou les environs de l’église d’Alatornio furent envisagés comme nouveaux emplacements. La décision tardant, les bourgeois changèrent d’avis : la ville resta sur place, mais le port fut transféré à Röyttä.

Le port de Röyttä, achevé en 1766, a lui aussi dû être dragué afin de maintenir la voie navigable praticable. Pour faciliter les transports ultérieurs, une ligne ferroviaire fut construite jusqu’à Röyttä en 1928. Aujourd’hui, le port est exclusivement utilisé par l’usine d’Outokumpu.

Des eaux trop peu profondes entravaient également la navigation à Haparanda. Immédiatement après le tracé de la frontière, un quai de chargement et un débarcadère douanier furent construits à l’emplacement du village d’Haparanda, mais les navires plus importants devaient accoster à Sangi, Kalix ou Töre. Les marchandises y étaient transbordées sur de plus petits bateaux à destination d’Haparanda. Dans les années 1840, quelques commerçants d’Haparanda établirent un lieu de chargement à Salmi, à la périphérie du village de Vuono. La liaison avec Haparanda se faisait par de petites embarcations ou par la route.

À la fin du XIXe siècle, on commença à planifier le déplacement du port vers Öystinkenttä à Nikkala. Le port, aujourd’hui appelé Haparanda hamn, fut inauguré en 1934.

Haaksit, kuunarit, prikit – Bateaux, goélettes et bricks

Le transport de marchandises sur de longues distances n’était possible que par voie maritime. Au XVIIe siècle, les navires étaient encore relativement petits, c’est-à-dire de yachts à un seul mât, appartenant à des marchands venus du sud. À la fin du XVIIe siècle, la navigation maritime des habitants de Tornio se développa et les navires furent armés par les bourgeois de la ville. La taille des bâtiments augmenta, et les plus courants devinrent des navires pontés à trois mâts. Jusqu’au début du XVIIIe siècle, les principales marchandises exportées vers Stockholm étaient le saumon, la morue séchée, le beurre et les peaux de renne ; plus tard vinrent s’y ajouter le bois de sciage, le goudron et le fer en barres. De Stockholm, on importait du sel, des céréales, du chanvre et des objets en métal, notamment de l’argenterie.

La période la plus intense du commerce et de la prospérité de la ville se situe à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle. À cette époque, les marchandises étaient acheminées vers Stockholm par onze navires, et les habitants de Tornio possédaient en outre trois navires marchands adaptés à la navigation internationale. Beaucoup de ces navires se rendaient jusqu’en Méditerranée. Avec le développement de la navigation maritime apparurent également des familles spécialisées de capitaines et de marins, dont le savoir-faire conditionnait l’ensemble de la navigation tornéenne. Parmi les navires locaux les plus connus figuraient la goélette Palemon et le brick Bolina.

La navigation marchande de Tornio subit un coup sévère après le tracé de la frontière consécutif à la guerre de Finlande. Dans les années 1820, la ville ne comptait plus aucun marin. À partir du milieu du XIXe siècle, les marchandises furent principalement transportées par des navires d’Oulu, d’Haparanda et de Kemi.

Parallèlement, la navigation à vapeur commença à se généraliser, permettant notamment un transport de passagers plus fiable. Des itinéraires partirent de Tornio vers Saint-Pétersbourg dès les années 1850, et à partir des années 1870 des services réguliers de bateaux à vapeur reliaient Haparanda, via le port de Salmi, à Luleå et à Stockholm. Pour Haparanda, le transport de marchandises demeurait toutefois plus important que celui des passagers, et à la fin du XIXe siècle la ville était un port majeur, en particulier pour le commerce extérieur.

Vihreää kultaa – L’or vert

La matière première la plus importante de l’industrie de la région de la mer de Botnie a été le bois. Les registres de fret du port de Tornio montrent que le bois de sciage et le goudron occupaient déjà une place essentielle parmi les produits d’exportation à la fin du XVIIIe siècle. Les plus anciennes scieries à cadre actionnées par la force hydraulique de la région furent la scierie de Kristineström, fondée en 1762 à Portimokoski, dans la commune d’Ylitornio, et la scierie de Björkfors, fondée en 1767 sur la rivière Sanginjoki, à Nederkalix.

Après la levée, au milieu du XIXe siècle, des restrictions encadrant l’activité de sciage, les scieries hydrauliques utilisant la force des rapides perdirent de leur importance et le centre de gravité se déplaça vers les scieries à vapeur de la côte, situées à l’embouchure des rivières. La scierie de Laitakari, à Kemi, et celle de Röyttä, à Tornio, commencèrent leur activité en 1862. La première scierie à vapeur d’Haparanda entra en service à Salmi en 1871. À Kalix, une scierie à vapeur fut mise en marche en 1873. Un an plus tard, la scierie de Karihaara, fondée par des Norvégiens, démarra à Kemi. Une industrie de sciage importante existait également à Simo et sur l’île de Kuusiluoto. À Haparanda, la communauté industrielle de scierie de l’île de Seittenkaari se forma dans les années 1890, et la scierie y resta en activité jusqu’en 2012.

L’exploitation de nombreuses scieries prit fin à la suite de la crise de la fin des années 1920 ou d’incendies dévastateurs. L’industrie du sciage de la région a également subi de graves revers au cours des dernières décennies. L’activité ne se poursuit plus qu’à Kemi et à Kalix, bien que de manière modeste en termes d’emplois.

L’industrie de transformation du bois entra dans une nouvelle ère lorsque les usines de pâte à papier commencèrent leur production à Kalix en 1914 et à Kemi en 1919. Dans ces localités, la fabrication de papier débuta également dans les années 1950.

Savotat ja sortteerit – Les chantiers forestiers et les aires de tri

L’exploitation des forêts était encore limitée dans les années 1840, en raison de la crainte d’un épuisement des ressources forestières. Les coupes commencèrent à grande échelle dans les années 1860, lorsque les restrictions furent levées et que la demande mondiale de bois scié augmenta. Les grandes scieries côtières entreprirent d’acheter des forêts aux paysans afin de garantir leur approvisionnement en matière première. Une main-d’œuvre abondante afflua vers les grands chantiers forestiers, composée aussi bien de travailleurs locaux que d’ouvriers itinérants venus du sud.

Dans un premier temps, la forêt était estimée, sur la base de quoi les transactions étaient conclues. Les arbres étaient marqués, et la zone divisée en secteurs de coupe. On procédait ensuite à la planification et au défrichement des voies de transport. Le chantier forestier, ou savotta, était établi soit par le propriétaire forestier, soit par une entreprise de bois. Les arbres abattus étaient transportés vers un lieu de stockage où ils attendaient le flottage.

Les travaux forestiers se déroulaient en hiver et au printemps, tandis que le flottage avait lieu en été. Sur la rivière Torne, le transport des grumes s’effectuait d’abord sous forme de trains de bois assemblés en radeaux, mais cette méthode très exigeante en main-d’œuvre fut progressivement remplacée, à partir des années 1920, par le flottage en vrac, qui nécessitait la construction de chenaux de flottage.

L’association commune finno-suédoise de flottage, Föreningen för gemensamma flottning i Torne och Muonio älvar, fut fondée en novembre 1917. L’activité de flottage atteignit son apogée dans les années 1950. Sur la Torne, le flottage joua un rôle essentiel dans le maintien des liaisons transfrontalières, la moitié des flotteurs étant finlandais et l’autre moitié suédois.

Dans les années 1960, le flottage sur la Torne fut progressivement remplacé par le transport routier, et l’activité prit fin définitivement en 1971. Sur la rivière Kalix, le flottage cessa en 1977, tandis que sur la Kemijoki il se poursuivit jusqu’en 1991.

Maaperän rikkauksia – Les richesses du sol

La production de fer en Tornédalie débuta au XVIIᵉ siècle, lorsque la grande puissance suédoise en guerre s’intéressa à la prospection minière. Au XVIIᵉ siècle, la Suède comptait parmi les plus grands exportateurs mondiaux de fer, ce qui conduisit également à l’inventaire des ressources minières du nord.

À la suite de la découverte d’un gisement de minerai de fer à Junosuando, dans l’actuelle région de Pajala, la forge de Köngäs fut fondée en 1644. La forte teneur en fer du minerai, l’abondance des ressources forestières, les rapides de la région et, dans la phase initiale, le soutien de la Couronne créèrent des conditions favorables à l’établissement de la forge. Les inconvénients résidaient dans la faiblesse des infrastructures de transport, le climat et le manque de main-d’œuvre. Les périodes de croissance se situèrent dans la seconde moitié du XVIIᵉ siècle ainsi que dans les années 1750, lorsque la forge fut développée grâce à des compétences importées d’Europe. L’établissement de la frontière divisa la zone d’activité, ce qui aggrava les difficultés économiques de la forge et entraîna une réduction de la production au XIXᵉ siècle. La forge de Köngäs ferma définitivement en 1879.

À la fin du XIXᵉ siècle, le secteur minier connut un nouvel essor dans le nord. Grâce à une innovation majeure, le minerai de fer put être exploité plus efficacement, mais surtout la construction de la ligne ferroviaire minière à la charnière des XIXᵉ et XXᵉ siècles rendit l’activité rentable. Dans ce contexte, l’exploitation minière débuta à Kiruna, où une ville entière se développa parallèlement à la mine.

Du côté finlandais, l’activité minière ne démarra qu’à la fin du XXᵉ siècle. La plus importante sur le plan économique a été la mine de chrome d’Elijärvi, à Keminmaa. Outre les minerais métalliques, la région fournit également des pierres et minéraux industriels. Parmi les plus importants figurent la carrière de calcaire de Kolari et la carrière de Kalkkimaa à Tornio, toujours en activité.

Au début du XXIᵉ siècle, le secteur minier est de nouveau en expansion, en particulier dans le nord. Les projets miniers de Kolari et de Pajala, par exemple, sont à un stade avancé. Cette évolution suscite toutefois un débat sur la conciliation de l’exploitation minière avec les autres activités économiques de la région ainsi qu’avec les impératifs de protection de la nature.

Jaloa terästä – Un acier noble

Le vaste gisement de minerai de chrome d’Elijärvi, à Keminmaa, fut découvert en 1959. Toutefois, l’exploitation pratique de cette découverte exceptionnelle à l’échelle européenne ne fut pas aisée. Les recherches furent menées de manière intensive jusqu’à ce que les chercheurs d’Outokumpu Oy mettent au point une méthode permettant de séparer au mieux le chrome du ferrochrome à faible teneur. Cette méthode fut brevetée et, en 1964, l’entreprise prit la décision de fonder une mine.

L’exploitation de la mine de Kemi débuta en 1965. Elle s’inscrivait dans l’expansion d’Outokumpu Oy et l’ouverture de nouvelles mines en Finlande entre les années 1950 et 1970, à la faveur des progrès des techniques de production. Outokumpu était devenue une entreprise minière de premier plan en Europe et son orientation évolua du raffinage du cuivre vers celle d’un groupe polymétallique.

Il fut également exceptionnel que le minerai de chrome soit décidé à être transformé dans une usine propre en Finlande. Le contrat pour la construction d’une usine de ferrochrome à Röyttä, à Tornio, fut signé en 1965, et la production démarra en 1968.

La propre usine d’acier inoxydable d’Outokumpu Oy, utilisant le ferrochrome, fut déjà envisagée au milieu des années 1960 à Pori. Les études montrèrent qu’il n’était pas rentable de combiner la production de cuivre et celle de l’acier, et il fut décidé de construire une usine d’acier inoxydable distincte. Cette décision, conjuguée à une politique régionale volontariste, conduisit finalement à l’implantation de l’usine à Tornio. La production y débuta en 1976.

Au début du XXIᵉ siècle, Outokumpu Oyj a abandonné ses autres activités minières pour se concentrer sur l’acier noble, c’est-à-dire l’acier inoxydable. La mine de Kemi et les usines de Tornio constituent ensemble la plus grande chaîne de production intégrée d’acier inoxydable au monde. Elles sont un employeur majeur dans la région depuis les années 1960.

Tunturipurojen raikkautta – La fraîcheur des torrents de fell

Une brasserie propre fut fondée à Tornio en 1873 sous le nom de Torneå Bryggeri Aktiebolag. L’entreprise prit son essor dans les années 1880, période durant laquelle la production commença à être développée. À la fin du XIXᵉ siècle, on y fabriquait des boissons rafraîchissantes et des bières de malt légères, et l’établissement adopta le nom de Tornion Portteri ja Oluttehdas Oy.

En 1899, Veikko Gellin fut nommé maître brasseur de l’usine. Sous sa direction, la brasserie de Tornio consolida progressivement sa position, et Gellin mena d’importantes extensions et modernisations. Il décéda en 1945.

L’année suivante, Fredrik et Irma Stormbom prirent la direction de l’entreprise. Ils se concentrèrent sur l’augmentation de la capacité de production et la modernisation de l’activité. En 1958, le nom de la société fut abrégé en Tornion Olut Oy. Au début des années 1960, un nouveau produit fut lancé, la bière Lapin Kulta (l’Or de Laponie), qui devint extrêmement populaire et un important article d’exportation. Le nom de l’entreprise fut également modifié en 1969 pour devenir Lapin Kulta Oy. Dans les années 1960, les restrictions territoriales sur la vente d’alcool furent assouplies et, en 1969, la vente de bière moyenne fut autorisée dans les épiceries. Une programme d’investissement de dix millions de marks fut lancé à l’usine, et la production quadrupla.

Au printemps 1980, la totalité de la propriété de la brasserie passa à la plus grande entreprise brassicole de Finlande, Oy Hartwall Ab. Au début des années 1990, la part de marché de Lapin Kulta en Finlande atteignait déjà 35 %. La bière était exportée vers la Suède, l’Angleterre, le Danemark et les pays baltes.

La popularité de Lapin Kulta connut son premier déclin en un siècle en 1998. Au début de l’année 2002, la brasserie passa sous le contrôle du grand groupe britannique Scottish & Newcastle, puis fut rachetée en 2008 par les géants brassicoles Heineken et Carlsberg. La production de bière à Tornio cessa en août 2010, et la fabrication de Lapin Kulta fut transférée à Lahti.

Pohjoisesta maailmanmarkkinoille – Du nord vers les marchés mondiaux

Haparanda a toujours été avant tout une ville de commerce et d’administration. Jusqu’aux années 1960, l’industrie du sciage de Seittenkaari constituait la seule activité industrielle de la région. Dans les années 1950 et 1960, la politique régionale menée par la Suède commença toutefois à modifier la situation. Afin d’enrayer le dépeuplement des zones rurales dispersées, l’État soutint les entreprises qui lançaient des activités dans ces régions. Plusieurs entreprises furent ainsi créées, mais beaucoup eurent une existence de courte durée. Parmi elles, le fabricant bodennois de crosses de bandy et de hockey sur glace Carlsson lança une production dans de nouveaux locaux industriels à Haparanda grâce aux aides régionales. L’usine Sirius, fondée au milieu des années 1970, produisit des skis d’abord sous la marque Sirius, puis Jofa, et enfin Elan. L’activité de l’usine prit fin en 1981.

Polarica, spécialisée dans les produits surgelés, est l’une des entreprises industrielles les plus durables de Haparanda. Fondée en 1971 sous le nom de Norrfrys, elle a, dès ses débuts, exploité les ressources du Nord : baies, gibier et renne, et ponctuellement aussi du poisson. Devenue une entreprise à vocation internationale, Polarica conserve toujours à Haparanda son siège social ainsi que ses activités de transformation de baies et de viande.

La situation à la frontière a offert aux entreprises un accès naturel aux marchés de deux pays. Depuis 1976, Holmberg Cases fabrique à Haparanda des coffrets spécialisés pour les secteurs de la musique et de l’industrie et est devenue le leader de son marché dans les pays nordiques. L’entreprise d’Oulu Hafab Oy a lancé en 1987 la fabrication de produits de chauffage, ventilation et plomberie (CVC) à Haparanda, notamment en raison de l’avantage des liaisons de transport et des aides régionales. Aujourd’hui, l’entreprise y opère sous le nom de Pipelife Hafab Ab.

Amar – sukkien kuningatar – Amar – la reine des chausettes

La première usine de chausettes de Tornio, Ke-ri Oy, fondée en 1956, était un établissement industriel fondé sur une technologie nouvelle. Les dirigeants, les cadres ainsi que le savoir-faire provenaient de Hyvinkää. La main-d’œuvre proprement dite de l’usine fut recrutée à Tornio et dans les environs. Ke-ri Oy fabriquait au départ exclusivement des bas en nylon lisses à couture. Les produits Amar étaient vendus non seulement sur le marché national, mais aussi à l’étranger. L’usine ne fonctionna à Tornio que pendant dix ans.

L’ancien directeur de Ke-ri, Eero Häkli, fonda ensuite une nouvelle usine de bas. Le premier hall industriel de Norlyn fut construit en 1967 dans la zone industrielle de Torppi. Les principaux produits étaient des collants fins pour femmes ainsi que des bas crêpe sans couture de 20 deniers, Ava et Nova. Norlyn devint rapidement un fabricant important de collants. La production augmenta d’année en année et l’entreprise fonda plusieurs filiales. L’une d’elles, Norlyn Svenska Ab à Haparanda, fabriqua des jambes brutes pendant cinq ans. À la fin de l’année 1971, l’effectif total des sociétés Norlyn comptait un peu plus de mille employés. À cette époque, Norlyn détenait 33 % du marché intérieur et 78 % des exportations de collants. Les pays d’exportation étaient la Suède, l’Angleterre, la Norvège et le Danemark.

La rentabilité de l’industrie du bas commença toutefois à chuter rapidement, et en 1976 la société Suomen Trikoo racheta l’entreprise. Après de nombreuses restructurations, une nouvelle usine, Pohjoismaiden Sukkatehdas Oy, fut achevée en 1984 à Pirkkiö, à Tornio, et l’ensemble de l’industrie finlandaise des bas fins fut centralisé à Tornio. À la fin des années 1980, on y produisait toutes les marques connues, telles que Vogue, Elli, Norlyn et Amar.

Au début des années 1990, l’usine de Tornio devint partie intégrante du grand groupe Asko, et depuis 2005 elle appartient au groupe Nanso Group Oy. Dans les années 2010, l’usine de bas emploie environ 110 personnes et produit quelque cinq millions de paires par an.

Matkailun Tornionlaakso – La Tornédalie touristique

Les attraits touristiques de la Tornédalie sont le soleil de minuit, les points de vue, les plus longs fleuves de Scandinavie, les lacs de nature sauvage ainsi que le romantisme de la Laponie. La première phase du tourisme de villégiature en Tornédalie remonte déjà à la fin du XIXᵉ siècle. C’est alors que furent créées les premières associations touristiques afin de promouvoir la Tornédalie et Aavasaksa. Le pavillon impérial fut construit à Aavasaksa en 1882–1883 et l’on y attira des visiteurs venus admirer le soleil de minuit. Du côté suédois, le point de vue correspondant était Luppiovaara.

Au début du XXᵉ siècle, la Suède et la Norvège étaient en avance sur la Finlande dans la promotion du tourisme hivernal. En Finlande, le tourisme d’hiver commença à se développer dans les années 1930. À Pallas, on organisa des cours de ski de montagne, et les premières stations de ski virent le jour. Le grand hôtel de Pallastunturi fut achevé en 1938. Les paysages de Laponie étaient alors présentés comme des espaces calmes dédiés au ski et à la randonnée.

Dans les années 1930, le tourisme automobile se dirigeait vers la route de l’Océan Arctique. Après la perte de Petsamo, les routes de la Tornédalie devinrent des axes majeurs. Après la guerre, le refuge de randonnée de Kilpisjärvi fut le premier à être achevé, en 1946. L’hôtel de Pallas fut reconstruit et achevé en 1948. Dans les années 1950, plusieurs destinations touristiques furent développées dans le Nord, et le tourisme en Laponie retrouva rapidement son niveau d’avant-guerre. Les Finlandais étaient également attirés vers la Tornédalie par la possibilité de faire des achats du côté suédois.

L’engouement pour le tourisme sous tente se diffusa de l’Europe centrale vers la Finlande via la Norvège et la Suède. Après la guerre, les Suédois s’enrichirent rapidement et développèrent le caravaning, qui demeure très populaire en Suède. Le tourisme automobile supposait une amélioration du réseau routier dans le Nord ainsi qu’une augmentation du nombre de voitures et du temps de loisirs. En Finlande, les automobiles restèrent soumises au rationnement jusqu’au début des années 1960. Au cours de cette décennie, la motorisation se généralisa et, parallèlement, l’enthousiasme pour le tourisme automobile atteignit son apogée. C’est alors que des dizaines de campings, privés et municipaux, furent créés en Tornédalie. Depuis les années 1970, le tourisme en Laponie a évolué vers un tourisme de masse et d’expériences, organisé par de grandes entreprises.

Rajakauppaa – Le commerce transfrontalier

Le commerce transfrontalier pratiqué par des particuliers a commencé à être réglementé plus strictement au début du XXᵉ siècle. Pendant la Première Guerre mondiale, l’importation légale de marchandises demeurait toutefois encore limitée. À partir des années 1920, les droits liés au commerce transfrontalier furent progressivement élargis.

Au début des années 1920, les habitants des régions frontalières effectuaient presque tous leurs achats sur la rive orientale du fleuve, en raison de la solidité de la couronne suédoise. On se rendait à Tornio depuis Boden et Luleå. Les Suédois achetaient surtout des vêtements, des chaussures et des denrées alimentaires.

La Seconde Guerre mondiale ralentit le développement du commerce transfrontalier légal. Les échanges furent également entravés par des réglementations douanières strictes, incluant des exigences de laissez-passer frontaliers. Pendant encore vingt ans après la guerre, la qualité et le prix de la viande fraîche furent les seuls domaines dans lesquels Tornio pouvait rivaliser avec Haparanda. Les commerces de Haparanda proposaient des produits importés du monde entier, tandis que les assortiments des magasins de Tornio étaient plus modestes.

L’évolution générale des prix à l’échelle nationale influence le commerce transfrontalier. La ruée d’achats vers Tornio qui suivit la dévaluation de 1967 anima l’ensemble de la vie urbaine. Dans les années 1980, les Finlandais effectuèrent des voyages d’achat en Suède en raison de la faiblesse de la couronne. On y achetait notamment du beurre, des jus et d’autres produits alimentaires.

Après l’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’Union européenne, les restrictions douanières entre les deux pays furent supprimées.

Tulli – La douane

En Suède, les droits de douane ne sont devenus véritablement importants qu’au XVIIᵉ siècle. À cette époque, le royaume percevait trois types de droits : le droit maritime sur le commerce extérieur par voie maritime, le droit frontalier sur les échanges au-delà des frontières du royaume, et le petit droit urbain sur les transactions effectuées dans les villes et sur les marchés. En 1766, Tornio obtint les droits de port franc, c’est-à-dire le droit de pratiquer le commerce extérieur.

L’instauration de la frontière en 1809 n’empêcha pas la circulation des habitants des régions frontalières ni les achats de subsistance, mais elle compliqua les échanges commerciaux. Dans la Finlande autonome, le contrôle local resta assuré par les bureaux de douane hérités de la période suédoise, dont celui de Tornio. Le bureau de douane frontalier de Haparanda fut fondé en 1811.

La surveillance de la frontière et du commerce transfrontalier fut renforcée à la fin du XIXᵉ siècle, dans un contexte de politique économique plus restrictive. Finalement, le commerce ne put plus s’effectuer que par l’intermédiaire de la douane. Des douaniers et des postes douaniers furent nécessaires à la frontière afin de lutter contre la contrebande, qui se développa particulièrement durant les années de pénurie économique consécutives aux guerres.

Depuis les années 1950, l’activité douanière a connu d’importantes transformations. La libre circulation nordique des personnes entra en vigueur en 1954. La Suède et la Finlande conclurent en 1972 un accord sur le droit de libre passage des habitants des régions frontalières.

Avec l’adhésion à l’Union européenne en 1995, la Suède réduisit sensiblement son administration douanière. Dans la Tornédalie suédoise, il ne subsiste qu’un seul poste de douane, à Haparanda. L’accord de Schengen, entré en vigueur en 2001, permit de franchir librement la frontière entre la Suède et la Finlande, y compris avec des marchandises soumises à déclaration douanière ; dans ce cas, le dédouanement doit toutefois être effectué séparément auprès d’un bureau de douane.

Joppaus – La contrebande

À la frontière, parallèlement aux échanges légaux, des marchandises ont également été introduites clandestinement, c’est-à-dire passées en contrebande. Les périodes de pointe de la contrebande dans la Tornédalie furent la Première Guerre mondiale, l’époque de l’alcool frelaté entre les années 1920 et le début des années 1930, ainsi que les années qui suivirent la Seconde Guerre mondiale. Après les guerres, la contrebande prit un caractère plus individuel et le trafic organisé diminua.

Au début du XXᵉ siècle, on exportait vers la Suède notamment des chevaux, du tabac, de la viande et d’autres denrées alimentaires. Vers la Finlande, on faisait entrer du café et du sucre. L’alcool était passé en contrebande dans les deux sens. À la suite de la loi de prohibition de 1919, un trafic massif d’alcool frelaté se développa en Finlande depuis l’Europe centrale et l’Estonie. Cet alcool était également acheminé vers la Suède par voie fluviale et maritime. Ce n’est qu’avec l’abolition de la prohibition en 1932 que la contrebande de l’alcool frelaté diminua nettement. Par la suite, de l’alcool bon marché continua néanmoins d’être transporté de Finlande vers la Suède.

La période de rationnement consécutive à la Seconde Guerre mondiale fut plus courte en Suède qu’en Finlande, et les biens de consommation y étaient plus abondants. La levée du rationnement du café en Suède en 1945 marqua le début d’un véritable âge d’or de la contrebande. Vers la Finlande, on introduisait également des épices, des bicyclettes et des articles d’hygiène. Vers la Suède, on exportait des pneus automobiles, des armes dérobées à l’armée et de la viande. Le tabac circulait dans les deux sens : des cigarettes vers la Suède, du snus et du tabac à pipe vers la Finlande. Le rationnement du café prit fin en Finlande en 1954, mais le café continua néanmoins à être introduit clandestinement depuis la Suède.

Les fluctuations de prix et les restrictions à l’importation déterminent à chaque époque quels produits franchissent la frontière. Ainsi, dans les années 1990, du fioul était exporté vers la Suède, tandis que dans les années 2000, du snus est introduit en contrebande en Finlande.

Rajatonta rakkautta – Un amour sans frontières

Le mariage transfrontalierest une forme de mariage propre à la Tornédalie, dans laquelle l’un des époux est originaire de Finlande et l’autre de Suède. Selon une tradition ancienne, on y a fréquenté et recherché un conjoint des deux côtés de la frontière nationale. La culture commune ainsi que le meänkieli ont rendu possibles les mariages transfrontaliers.

Les jeunes femmes finlandaises partirent en Suède en plus grand nombre dans les années 1930 et 1940. Les difficultés économiques qui suivirent les guerres en Finlande les incitèrent à chercher en Suède un niveau de vie plus élevé. De nombreuses jeunes femmes suédoises migrèrent également vers le sud du pays, ce qui rendit plus difficile la recherche d’une épouse du côté suédois. On estime qu’après la Seconde Guerre mondiale, une épouse sur trois, voire une sur quatre, en Tornédalie suédoise était originaire de Finlande.

En Suède, des servantes et gouvernantes finlandaises devinrent maîtresses de maison. Les jeunes Finlandaises y avaient la réputation d’être travailleuses, ce qui renforça la recherche d’épouse en Finlande parmi les célibataires et les vieux garçons suédois. La volonté de migration des Finlandaises a également pu être influencée par l’existence de liens familiaux antérieurs avec la Suède.

Les mariages transfrontaliers ont été les plus fréquents dans les villages ruraux situés le long du fleuve. Plus on s’éloigne de la frontière, plus ces unions deviennent rares. Le plus souvent, c’est la femme qui part, et les mariages ont majoritairement lieu de la Finlande vers la Suède. La recherche d’un conjoint en Suède pour s’installer en Finlande est plus exceptionnelle.

À Pello, inspiré par la tradition commune de la Tornédalie, on a organisé un événement appelé Poikkinainti, au cours duquel un véritable couple transfrontalier a été uni par les liens du mariage lors d’une cérémonie solennelle.